La fin du développeur junior ?
Avec la montée en puissance des LLMs capables de générer des applications fonctionnelles en quelques heures, même pour des non-techniciens, un discours familier revient sans cesse.
Les développeurs juniors sont condamnés.
Les entreprises vont arrêter de recruter des diplômés.
Le marché est saturé.
On va tous se faire remplacer.
Une partie de cette peur est justifiée. Le rythme auquel les modèles progressent, les outils mûrissent et les connaissances se diffusent est sans précédent. Prétendre le contraire serait du déni.
Des rapports récents montrent déjà une contraction des embauches de juniors dans la tech, alors que les attentes continuent de grimper. Le marché ne disparaît pas, mais il devient bien plus sélectif.
Mais la plupart des gens tirent la mauvaise conclusion.
Le vrai changement n’est pas humains vs machines.
C’est écriture de code vs responsabilité des systèmes.
Apprendre un langage de programmation n’est plus le facteur limitant. Les LLMs peuvent générer du code correct dans n’importe quel langage, assez vite pour que la syntaxe ne soit plus un problème. Si ta valeur est de taper du code, tu es déjà en retard.
Ce qui reste est plus dur, plus large, et bien moins automatisable.
Les LLMs sont bons pour produire du code.
Ils sont mauvais pour assumer des responsabilités.
Ils ne déploient pas en production.
Ils n’opèrent pas des services à 3h du matin.
Ils ne débuguent pas des crashs en cascade.
Ils ne ressentent pas le coût d’un mauvais data model.
Ils ne se font pas virer quand une faille de sécurité expose les données utilisateurs.
Pas encore. Et pas de sitôt.
J’ai vu du code parfaitement généré ignorer complètement des pratiques de production élémentaires. Une migration de base de données exécutée directement sur une base de production live, qui l’a bloquée dans une sale boucle et a nécessité une intervention manuelle sous pression. Rien n’était "faux" syntaxiquement. Tout était faux systémiquement. Une vraie revue par un ingénieur plus senior l’aurait évité.

C’est là que beaucoup de profils juniors vont échouer.
Pas parce qu’ils sont remplacés par l’IA, mais parce que le junior traditionnel disparaît.
La barre monte.
Plus vite et plus brutalement qu’avant.
Tout le monde ne passera pas le pas.
Ce qui s’apprenait lentement sur le terrain doit maintenant s’apprendre délibérément, tôt, et vite. Comprendre comment les systèmes se comportent en production. Comment les déploiements échouent. Comment l’observabilité fait gagner du temps. Comment les modèles de données vieillissent. Comment les petits raccourcis deviennent de gros problèmes.
La plupart d’entre nous avons appris ça en cassant des trucs en prod. Moi y compris. Les juniors d’aujourd’hui ont moins d’occasions d’échouer sans risque. La marge d’erreur se réduit.
Si tu veux apporter de la valeur, arrête d’optimiser ta génération de code.
Commence à optimiser ta responsabilité des systèmes.
Trouve les angles morts d’outils comme Claude ou Cursor.
Ils sont globalement les mêmes.
Ils ne raisonnent pas sur la maintenabilité à long terme.
Ils ne comprennent pas le risque opérationnel.
Ils ne savent pas quand une solution simple devient un problème à l’échelle.
Apprends à déployer sans être locké chez un seul fournisseur.
Apprends à refactorer du code que tu n’as pas écrit.
Apprends à simuler la charge au lieu d’espérer que ça scale.
Apprends comment les systèmes échouent, parce qu’ils échoueront.
Ce métier ne devient pas plus facile.
Il devient plus exigeant.
Mais pour ceux qui franchissent cette marche, il devient aussi plus intéressant.
Quand de vrais utilisateurs comptent sur quelque chose que tu as construit, quand ça survit à du vrai trafic, de vraies défaillances et de vraies contraintes, la satisfaction est toujours là.
Ça, ça ne va pas disparaître.


